Le nom des plantes

Maranta leuconeura gravure ancienne

C’est un bien vaste sujet qui va aborder de nombreuses notions mais il me tient particulièrement à cœur ! En effet, j’adore chercher le nom d’une plante comme une sorte de détective et comme ça, apprendre tout un tas de choses sur la plante mais aussi sur la botanique et le monde végétal en général.

Ne vous laissez pas berner, la botanique et le latin ne sont pas des gros mots ! En première approche, ça fait un peu peur et ça peut paraitre austère mais avec quelques bases que nous allons voir ensemble, c’est un monde enrichissant et tout à fait abordable même pour un débutant.

Pourquoi le latin ?

Pour nommer une plante correctement, il faut utiliser le latin car c’est un langage universel dans le monde végétal. Les noms communs ou vernaculaires sont imprécis car ils peuvent varier d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre, voire même d’une personne à une autre. Un même nom pourra aussi désigner des plantes différentes. Alors que le latin a l’avantage d’être compris par tout le monde qu’importe la langue d’origine. Cela nous permet donc de comprendre de quoi on parle avec n’importe quelle personne dans le monde entier et je trouve ça génial.

Le latin permet aussi souvent d’avoir des informations sur la plante. Cela peut avoir un rapport avec la forme des feuilles, la couleur des fleurs ou encore l’origine géographique. Dans certains cas, c’est aussi une façon de mettre à l’honneur la personne qui a découvert la plante. Bref, cela raconte une histoire à chaque fois !

Quelques exemples pour illustrer :

  • Impatiens repens = qui rampe

  • Adiantum peruvianum = qui vient du Pérou

  • Pachystachys lutea = de couleur jaune

  • Spathiphyllum wallisii = en l’honneur d’un collectionneur allemand nommé Gustav Wallis

 

Ce système de nomenclature binomiale a été mis en place par Carl von Linné au 18ème siècle et est maintenant régit par le Code international de nomenclature botanique (CINB) dont vous pouvez trouver un exemplaire ICI.

Un peu de vocabulaire

Pour désigner une plante en latin, on utilise au moins deux mots : le genre et l’espèce. Le genre désigne un ensemble de plantes qui ont des caractères communs. Cet ensemble est ensuite divisé en plusieurs espèces pour prendre en compte les différences entre les plantes. Les genres sont ensuite regroupés dans une famille pour compléter la classification. Pour simplifier à l’extrême, c’est comme si le genre était le nom de famille et l’espèce était le prénom pour un humain.

Epipremnum aureum – Aracées

« Epipremnum » est le nom de genre, « aureum » est l’espèce et « Aracées » est la famille.

Il existe aussi d’autres termes pour classifier les plantes. Par exemple, un genre qui comprend de nombreuses espèces sera divisé en sections. C’est le cas notamment des genres Philodendron et Begonia. On peut aussi trouver le terme « sp. » à la suite d’un nom de genre. Cette abréviation de « species » est utilisée quand on n’a pas encore déterminé une espèce et que donc on ne connait que le genre. Dans le même cas de figure où on ne connait pas le nom exact de la plante, on peut également utiliser les termes « Cf. » ou « Aff. » pour dire que la plante ressemble à telle ou telle espèce mais qu’on pense qu’il y a quand même une petite différence ; on n’est pas encore sûr de sa détermination.

Une erreur est souvent faite quand on débute, c’est de prononcer les « ch » comme en français alors qu’en latin, on doit prononcer « k ». Par exemple, on doit dire « Ekeveria » et non « Echeveria ».

Une astuce simple pour s’en souvenir : on ne chie pas en latin !

Depuis longtemps, l’horticulture n’a eu de cesse de sélectionner des mutations au fil du temps et il faut employer le terme d’hybride quand il s’agit d’un croisement entre des plantes ou cultivar pour désigner une plante présentant une particularité. Même s’il est entré dans le langage courant pour qualifier un peu n’importe quoi, le mot variété ne devrait être employé que pour nommer une plante présentant une particularité mais dans la nature au niveau botanique, pas une sélection humaine.

Paphiopedilum 'Pinocchio' est un hybride primaire entre deux espèces (Paphiopedilum glaucophyllum x Paphiopedilum primulinum)

Maranta leuconeura var. kerchoveana 'Variegata' est une mutation panachée apparue et isolée par un horticulteur

Maranta leuconeura var. erythroneura est une variété botanique que l'on trouve naturellement dans la nature

 

Pour finir, le terme taxon est une notion un peu vaste qui peut désigner une espèce, une variété ou un cultivar. C’est un terme généraliste qui peut être utilisé pour donner le nombre de plantes dans une collection par exemple.

Les règles à respecter

Au niveau des plantes, c’est le code international de nomenclature botanique qui fixe les règles qu’il faut utiliser pour le nom des végétaux.

Voilà les principales règles à appliquer :

  • Le nom de genre prend toujours une majuscule et celui d’espèce une minuscule.

  • La famille prend aussi toujours une majuscule.

  • Le nom d’un hybride ou d’un cultivar est entre des guillemets simples avec une majuscule. L’utilisation du latin est maintenant interdite pour éviter la confusion avec les espèces botaniques. On peut aussi utiliser le signe « x ». Quand celui-ci est en première position, il désigne un hybride intergénérique, c’est-à-dire un croisement entre deux genres différents.

 

Epipremnum aureumAracées

Epipremnum aureum ‘Marble Queen’ ou Epipremnum x Marble Queen

x Fatshedera lizei (croisement entre Fatsia japonica et Hedera helix)

 

Il y a une règle qui est peu utilisée de nos jours sauf dans les publications scientifiques mais je trouve important de la mentionner. Normalement, les noms latins s’écrivent en italique et ils doivent être suivis du nom de l’auteur. Vous trouverez ICI une liste des abréviations des auteurs en botanique.

 

Epipremnum aureum (Linden & André) G.S.Bunting

(Linden & André) désigne les premiers auteurs qui ont publié cette espèce mais elle a été révisée par G.S.Bunting

Validité des noms

Tous les noms latins des plantes doivent être publiés dans une revue scientifique de botanique et être validés par un consensus de botanistes pour être valables. N’importe qui ne peut pas nommer une plante comme il le veut ! Il y a des règles à respecter pour que la publication ait une validité scientifique. Vous trouverez ICI un exemple de publication scientifique de nouvelles espèces de bégonias.

Hélas, il n’existe aucun site exhaustif pour les noms valides à l’heure actuelle donc il faut jongler entre plusieurs sites internet pour s’y retrouver. Voici quelques références : Plantlist, WCSP (Kew), Tropicos

Par contre, attention aux multiples inventions commerciales qui pullulent à l’heure actuelle et qui n’ont rien de valides mais sont juste là pour faire marcher le commerce. En effet, de nombreuses associations horticoles tiennent des registres des différents hybrides ou cultivars sélectionnés. Même si l’obtenteur est libre de choisir le nom de la nouvelle sélection qu’il a faite, les autres producteurs se doivent de perpétuer ce nom et non d’en inventer un nouveau.

Philodendron fragrantissimum.jpg

Ancienne publication de 1879

Begonia panchtarensis

Publication de 2010

Planche d'herbier

Planche d'herbier

Pourquoi les noms des plantes changent ?

C’est parfois un casse-tête de s’y retrouver mais avec quelques explications, cela devient plus logique.

Il faut avoir en tête que la communication n’était pas aussi développée que maintenant au début de la botanique. Il y a donc eu parfois une même plante publiée par plusieurs botanistes avec des noms différents. Dans ce cas-là, c’est la règle d’antériorité qui s’applique ; c’est-à-dire que c’est la première publication qui est valide. Les autres noms deviennent des synonymes. Certaines plantes très variables ont aussi pu jouer des tours aux botanistes et être publiées sous des noms différents alors qu’il s’agit de la même plante au final ; juste le feuillage juvénile est très différent de la forme adulte par exemple. Il y a aussi eu une mode des variétés où des infimes variations étaient nommées alors que depuis plusieurs années on retourne vers des choses plus simples. De plus, à l’origine les plantes étaient classées selon des caractères morphologiques mais depuis 1998, l’étude de la génétique (APG) est venue régulièrement bouleverser la classification établie. Enfin, les botanistes travaillent régulièrement sur les plantes et certaines modifications sont parfois faites. Par exemple, une section d’un genre peut devenir un nouveau genre mais aussi une plante peut carrément changer de famille ou de genre suite à l’étude de son génome.

On se retrouve donc parfois avec une liste non négligeable de noms différents pour une même plante. Ce n’est pas tout à fait faux d’utiliser un synonyme mais ce n’est pas tout à fait juste non plus. Il faut essayer de faire au mieux même si on n’est jamais à l’abri d’une erreur ! Il y a donc régulièrement des changements mais je reste toujours surprise de voir que certains noms sont encore utilisés alors qu’ils ont été révisés il y a des décennies ! Vous trouverez un exemple ICI.

Comment trouver le nom d'une plante ?

C’est une question que l’on me pose régulièrement et je dois dire que c’est assez difficile d’y répondre simplement mais je vais essayer de vous donner quelques pistes de réflexion.

Dans un premier temps, il faut essayer pour apprendre car c’est en faisant que l’on va acquérir des connaissances, comprendre quelles parties de la plante regarder mais aussi intégrer des réflexes. C’est la somme de tous ces éléments qui vont nous faciliter la tâche au fur et à mesure.

Il ne faut surtout pas rester sur un échec ou se décourager à la première difficulté car ce sont nos erreurs qui nous permettent d’emmagasiner tout un tas de connaissances pour progresser !

 

Voilà quelques pistes à explorer :

  • Dans un premier temps, il faut observer la plante et regarder sa forme générale, son port puis le feuillage ainsi que les tiges voire les fleurs si possible. Il faut se poser plein de questions : quelle est la forme des feuilles ? Leur disposition par rapport à la tige ? Leur aspect ? Les tiges sont-elles poilues ou non ? Comment sont les nervures ? Ect…

 

  • Faire les choses dans l’ordre : d’abord essayer de trouver la famille de la plante, puis le genre et ensuite l’espèce.

 

  • Se faire des références : avoir une bonne bibliothèque remplie de livres variés peut vraiment aider à déterminer des plantes mais de nombreux sites internet proposent aussi des informations intéressantes. Et il ne faut pas oublier qu’il est indispensable de s’entourer de personnes compétentes dans le sujet. Pour vous aider, vous pouvez trouver diverses informations sur ce site internet dans les pages « Bibliographie » et « Liens » mais aussi une grosse collection de photos de plantes tropicales dans la partie « Encyclopédie visuelle ».

 

  • Demander toujours confirmation : surtout au début, il est vraiment intéressant de soumettre ses déterminations pour avoir l’avis de quelqu’un de plus expérimenté.

 

  • Vérifier la validité du nom sur des sites spécialisés qui sont réalisés par des botanistes et qui permettent de voir si un nom existe ou n’est qu’une invention commerciale.

 

  • Quand il y a un gros doute sur le nom d’une plante et qu’il est difficile de trouver des informations sérieuses, il ne faut pas hésiter à chercher la publication d’origine de la plante voire la planche d’herbier qui fait foi pour cette espèce.

 

  • Attention aux applications qui permettent de trouver le nom des plantes car elles sont souvent peu efficaces sur les plantes tropicales et truffées d’erreurs car c’est participatif.

 

  • Au niveau botanique, il existe des aides pour trouver le nom des plantes qui se nomment des clés de détermination. Elles sont réalisées par des spécialistes et peuvent exister pour une famille, un genre, une zone géographique ou même seulement quelques espèces pour les distinguer quand elles sont proches.

Spathiphyllum

Extrait du livre "Genera of Araceae" montrant les éléments caractérisant le genre Spathiphyllum

Clé de détermination

Exemple de clé de détermination extrait du livre "Flore de Madagascar & des Comores - Vol. 144 : Bégoniacées"