Epipremnum vs Pothos vs Scindapsus

Epipremnum aureum gravure

C’est une question qui revient régulièrement et il parfois difficile de comprendre pourquoi une plante circule avec des noms différents quand on débute. C’est pourtant assez simple quand on a les bons éléments en tête. Prenons l’exemple d‘une des plantes les plus cultivées en intérieur pour comprendre les changements de noms successifs. Ce phénomène, très courant en botanique, met le bazar dans la tête d’un grand nombre de personnes. Voyons ensemble comment expliquer la situation et pourquoi on voit une plante sous plusieurs noms sans que personne n’arrive à s’y retrouver !

Un peu de botanique…

Pour commencer, il faut déjà avoir en tête le vocabulaire pour s’y retrouver. Les plantes sont classées par famille en regroupant ensemble celles qui présentent des caractères communs au niveau de l’architecture, de la façon de pousser et surtout de la floraison. Ensuite, pour nommer une plante, on utilise le système binomial ; c’est-à-dire que le nom d’une plante est composé de deux mots : le genre et l’espèce. Le genre permet encore de regrouper des plantes qui sont proches et il s’écrit toujours avec une majuscule. Ensuite, l’espèce permet de différencier les plantes qui sont proches mais qui ont quand même quelques différences et cela s’écrit toujours avec une minuscule. Pour la plante qui nous intéresse ici, ça donne donc Epipremnum aureum de la famille des Aracées.

Toutes ces règles sont dictées par le Code international de nomenclature qui définit les principes à suivre en botanique pour nommer les plantes dans le monde entier. Chaque plante doit être publiée officiellement dans une revue spécialisée par un botaniste pour avoir un nom scientifique. Quand il arrive que deux botanistes publient la même plante, c’est la règle d’antériorité qui s’applique ; c’est-à-dire que c’est la première publication qui fait foi. A l’heure actuelle, cela arrive très rarement mais c’était très courant avant les moyens de communications modernes. Il peut aussi arriver qu’un botaniste estime qu’il faille déplacer une plante quand il étudie une famille donc il révise le nom de celle-ci en la plaçant dans un autre genre. C’est là que les synonymes entrent en jeu.

Un peu d’histoire…

Cette plante a été découverte sur les Iles Salomon et introduite en Europe en 1879 dans le jardin de Jean Linden, un horticulteur renommé de l’époque à Gand en Belgique. L’année suivante, elle est présentée au grand public dans L’Illustration Horticole par Edouard André sous le nom de Pothos aureus (voir la gravure ancienne).

Mais en 1908, Adolf Engler, un botaniste spécialiste des Aracées, décide de la changer de genre suivant des critères morphologiques et de la renommer Scindapsus aureus.

Et pour finir, en 1964, lors d’une révision de la famille des Aracées, G. S. Bunting décide encore de déplacer la plante dans un autre genre et la nommer Epipremnum aureum (voir la publication ci-dessous).

C’est donc ce nom qui est valide à l’heure actuelle.

Epipremnum aureum (publication)
Pourquoi c’est autant le bazar ?

Malgré le fait que la révision du nom de cette plante date de près de soixante ans, on voit tout et n’importe quoi comme nom pour la désigner !

Le fait d’utiliser un synonyme n’est pas totalement faux mais ce n’est pas totalement vrai non plus et il est plutôt étonnant que des écrits récents sur cette plante ne soient pas à jour. Les réseaux sociaux aident aussi à la propagation de fausses informations. En effet, Pothos et Scindapsus sont encore des noms de genres valides pour désigner d’autres espèces. Ce n’est pas parce qu’une espèce est déplacée que le genre en entier change ou disparait. De plus, le nom commun anglais « golden pothos » ajoute à la confusion. Sans parler du fait que le terme "pothos" est entré dans le langage courant pour devenir un nom commun.

Mais c’est bien Epipremnum aureum son vrai nom !